Manifestes
Je me présente
Creton de mammifère sans agent de conversation
Tradition de mère en mère avant l'invention des pions
Hommage à l'agriculture éphémère sans concession
À cette diversité nourricière qui nous libère des saisons
Je me présente
Un métier qui fait pitié
Un savoir faire qui a besoin d'air
Du vrai, de ceux qui broutent et qui braîent
Un quatre pattes au dessus de la misère
Pour exister sans cesse beugler, Oyé! Oyé!
Je me présente
Un porteur d'or blanc solitaire
N'ayant que le change à donner à son destin
Jusqu'ici la pitié nous a bien servie
Nous a même forcé à nous faire aimer
Mais pourquoi donc attendre pour assouvir notre faim
Mais pourquoi donc attendre pour assombrir notre fin
Je me présente
Entêté de la bouche jusqu'au ventre
Entité gonflée par le rétrécissement de ses sangles
C'en est assez de ruminer seul dans un coin
De quel coin s'agit-il? Du mien, du tien, ou d'un coin de pays
Toute cette bonté ainsi gaspillée
N'a pas besoin que de pain divisé
Mais aussi d'un peu de beurre bénit
Mais aussi d'un peu de beurre bénit
Je me présente
Président baveux d'un club asservi
Une parole qui sape en parlant
Une fine bouche affranchie de ses dents
Du manger mou moléculaire
Je me présente
Fromager maître de l'encyclopédie des formes
Universelle, insipide et borne
Où l'alphabet impose toutes les normes
Que faire de cet héritage qui s'enfuie quand on le nourri
Et qui n'a au goût que la salive de l'oublie
Je nous présente
Fières bêtes de somme dépecées
Un carnage qui nous laisse qu'une collection de trophées
À quand l'arrêt de cette économie de sacrifiés
Où le fruit juteux de l'effort est la survie
Max Dubois
6 décembre 2011

